Le ministre nord-macédonien du Numérique : « L’Azerbaïdjan et la Macédoine du Nord peuvent créer un hub digital commun »

La transformation numérique n’est plus une affaire strictement interne aux États : elle est devenue un instrument central de rapprochement géopolitique et de croissance économique. Dans ce contexte, l’Azerbaïdjan, fort de son expérience reconnue avec l’écosystème ASAN Service, et la Macédoine du Nord, engagée dans l’intégration à l’espace numérique européen, multiplient les convergences.

Dans un entretien exclusif accordé au presse azerbaidjanais, Stefan Andonovski, ministre de la Transformation numérique de la République de Macédoine du Nord, détaille les perspectives de coopération entre Skopje et Bakou.

Structurer la coopération autour d’actions concrètes

Pour Skopje, plusieurs axes prioritaires se dessinent : gouvernement électronique, conception de services centrés sur le citoyen, guichets uniques, standardisation des services publics, mais aussi coordination en matière de réponse aux incidents et renforcement des capacités en cybersécurité.

« Notre approche consiste à structurer la coopération autour d’actions concrètes et applicables », souligne le ministre, estimant que ces initiatives permettent de créer rapidement de la valeur tout en respectant les exigences juridiques et de sécurité.

Vers un corridor numérique Balkans–Caucase

La coopération numérique pourrait, selon lui, servir de catalyseur à des liens économiques plus larges. L’idée d’un corridor numérique reliant les Balkans et le Caucase est envisageable, à condition de s’appuyer sur des usages précis : facilitation du commerce, logistique, numérisation des PME ou services sécurisés entre entreprises et administrations.

Le ministre évoque également la possibilité de créer des hubs numériques ou des incubateurs d’innovation communs, notamment dans les solutions GovTech à potentiel d’exportation : services publics numériques, régulation technologique, identité sécurisée, automatisation des processus ou outils de cybersécurité.

Institutionnaliser le dialogue

Pour passer d’échanges politiques à une coopération pérenne, Stefan Andonovski plaide pour la mise en place d’un « mécanisme de mise en œuvre continu ». La visite officielle de la présidente macédonienne Gordana Siljanovska-Davkova à Bakou en mars 2025 et ses entretiens avec le président Ilham Aliyev constituent, selon lui, une base solide pour formaliser cette dynamique.

Des projets soutenus par l’Union européenne pourraient également servir de cadre, notamment via EU4Digital — auquel participe l’Azerbaïdjan —, le programme Digital Europe, auquel la Macédoine du Nord est associée, ou encore Horizon Europe, sous réserve des règles d’éligibilité.

Coopérations techniques et mobilité des talents

La création de groupes de travail conjoints, d’échanges d’experts, de missions courtes, de visites d’étude ou encore l’organisation de hackathons communs figurent parmi les pistes envisagées.

« Ce type de coopération est rapide à lancer, renforce la confiance et génère des initiatives pratiques », estime le ministre.

L’exportation de solutions numériques macédoniennes vers l’Azerbaïdjan est jugée possible, à condition d’adapter les outils au cadre juridique, linguistique et institutionnel local. Le modèle le plus efficace serait, selon lui, un transfert de méthodologie — standards de service, interopérabilité, réingénierie des processus — combiné à une mise en œuvre localisée.

Le modèle ASAN, source d’inspiration

Stefan Andonovski salue la réputation acquise par l’Azerbaïdjan grâce au modèle ASAN Service, fondé sur la centralisation des services, la qualité opérationnelle et une logique de guichet unique.

Parmi les éléments susceptibles d’inspirer la Macédoine du Nord : l’intégration des services sous une plateforme unique, la cohérence de l’expérience citoyenne, la discipline opérationnelle et la priorité accordée à la simplicité et à la confiance.

Recherche, éducation et IT

Des coopérations académiques sont également envisagées, notamment dans la modernisation des services publics, l’identité numérique sécurisée ou l’automatisation administrative.

Enfin, la mobilité des talents est perçue comme un levier essentiel. « Les spécialistes macédoniens de l’IT réussissent très bien à l’international. Toute opportunité mérite d’être examinée », affirme le ministre, évoquant des mécanismes plus structurés pour favoriser les échanges réciproques d’experts.