Azerbaïdjan : un virage stratégique vers l’après-pétrole éclairé par une nouvelle étude de la Banque mondiale

Comme le rapporte GNN, relayé par Azernews, la publication d’un nouveau rapport de la Banque mondiale vient conforter l’ambition de Bakou d’accélérer sa transition vers une économie moins dépendante des hydrocarbures. L’étude, intitulée Waves of Change: Igniting Productivity Growth in Europe and Central Asia, avance une conclusion sans ambiguïté : depuis la crise financière de 2008, le frein principal à la croissance régionale n’est pas le manque de capital, mais la stagnation de la productivité — un constat particulièrement éclairant pour l’Azerbaïdjan au moment où il redéfinit son modèle de développement.

La Banque mondiale rappelle que malgré l’expansion de la main-d’œuvre et la poursuite des investissements, l’efficacité globale s’est affaiblie dans l’ensemble de la région. Une hausse de productivité de seulement 10 % pourrait créer près de deux millions d’emplois supplémentaires. Plus saisissant encore, si le rythme d’avant-crise avait été maintenu, le PIB régional serait aujourd’hui supérieur de 62 %. L’équation est claire : la croissance durable dépend désormais davantage de l’optimisation des ressources que de leur accumulation.

Un agenda de réformes déjà intégré par Bakou

Depuis plusieurs années, l’Azerbaïdjan a renforcé sa coopération avec la Banque mondiale au travers de projets structurants, qu’il s’agisse de gouvernance numérique, d’éducation, d’agriculture, de gestion de l’eau, de transports ou d’énergies vertes. Tous convergent vers les mêmes priorités nationales : renforcer le secteur non pétrolier, moderniser le capital humain, développer les régions et accélérer l’intégration technologique.

Le rapport articule ces objectifs autour du modèle TIDES — commerce, investissement, digitalisation, efficacité et compétences — une grille d’analyse en adéquation presque parfaite avec les réformes déjà engagées par Bakou.

Commerce et investissement : un potentiel encore sous-exploité

Sur le volet commercial, le pays dispose d’importantes marges de progression dans les exportations non pétrolières. Douanes modernisées, logistique intégrée, standards internationaux renforcés : autant de leviers pour élargir l’accès aux marchés extérieurs.

En matière d’investissement, les avancées sont nettes, mais l’enjeu est désormais de consolider un environnement réglementaire stable, capable d’attirer des capitaux orientés vers la technologie, l’innovation et la valeur ajoutée.

Le numérique, moteur silencieux de la modernisation

La gouvernance électronique reste l’un des piliers les plus convaincants du développement national. Des plateformes telles qu’ASAN Service, myGov ou DOST ont démontré leur efficacité en réduisant les coûts administratifs et en améliorant la transparence. Le défi est désormais de passer à la vitesse supérieure : cybersécurité renforcée, infrastructures numériques généralisées dans les régions, et un soutien structuré aux start-up locales.

L’efficacité structurelle, une priorité incontournable

Le rapport souligne également les inefficiences persistantes dans les entreprises publiques, l’énergie ou l’agriculture. Modernisation de la gouvernance, programmes d’efficacité énergétique, incitations à l’innovation — autant d’outils capables de libérer un important potentiel de productivité, tout en allégeant la pression sur les finances publiques.

Un problème crucial : le “commerce manquant”

L’étude attire particulièrement l’attention sur le phénomène du commerce non enregistré. Avec une estimation de 58 %, l’Azerbaïdjan figure parmi les États où l’écart entre flux réels et flux déclarés est le plus élevé. Une digitalisation intégrale des douanes, des procédures simplifiées et une transparence accrue constitueraient des outils décisifs pour fiabiliser les données commerciales et renforcer la politique d’exportation du pays.

Le capital humain, clef de voûte de la transition

Les réformes en cours dans l’enseignement, la formation professionnelle et l’emploi des jeunes reflètent déjà la nouvelle priorité accordée au capital humain. Renforcer les liens entre universités et entreprises, développer la formation technique et numérique, améliorer l’accès des femmes et des jeunes au marché du travail : autant de conditions pour bâtir une économie moderne, compétitive et inclusive.

Un horizon clair pour une économie post-pétrolière

Forte d’atouts stratégiques — gouvernance numérique avancée, ressources financières réorientables, position géopolitique centrale, potentiel de croissance hors pétrole — l’Azerbaïdjan possède la capacité d’accélérer sa mutation vers une économie diversifiée, résiliente et fondée sur la connaissance.

En appliquant les recommandations centrées sur la productivité, le pays peut consolider un modèle plus stable, davantage tourné vers l’innovation et mieux préparé aux défis économiques des prochaines décennies.