Italie–Azerbaïdjan : Rome voit Bakou comme un hub logistique clé de la région

Les relations économiques entre l’Italie et l’Azerbaïdjan connaissent une dynamique soutenue, fondée sur un partenariat stratégique solide et un dialogue politique actif. L’Italie demeure le premier partenaire commercial de l’Azerbaïdjan et le principal acheteur de son pétrole et de son gaz. Parallèlement, les deux pays intensifient leurs efforts pour diversifier leurs échanges et renforcer le commerce hors hydrocarbures.

Le bureau de Bakou de l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ITA) joue un rôle central dans cette stratégie, en soutenant l’expansion des échanges non énergétiques et en consolidant la présence des entreprises italiennes sur le marché azerbaïdjanais.

Dans un entretien accordé aux agences azerbaïdjanaises, la nouvelle directrice de l’ITA, Cecilia Oliva, revient sur l’intérêt croissant des marques italiennes pour l’Azerbaïdjan, les projets de l’Agence – notamment une hausse des investissements promotionnels prévue pour 2026 – ainsi que sur le potentiel de la région du Karabakh pour attirer des entreprises italiennes.

Une coopération économique à un niveau élevé

Selon Cecilia Oliva, les relations économiques entre Rome et Bakou se situent aujourd’hui « à un niveau très élevé », portées par un partenariat stratégique ancien et des liens politiques étroits. Elle souligne que, entre novembre 2024 et novembre 2025, la visite en Azerbaïdjan de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, puis celle du président Sergio Mattarella, témoignent de l’importance accordée à cette relation bilatérale.

Si les échanges restent historiquement dominés par le secteur de l’énergie, la directrice de l’ITA met en avant la progression constante du commerce hors hydrocarbures, signe d’une diversification appelée à rendre les relations économiques plus équilibrées et résilientes.

Les exportations italiennes vers l’Azerbaïdjan se concentrent principalement sur des secteurs à forte valeur ajoutée industrielle et technologique : machines de précision, équipements pour la construction et les infrastructures, ingénierie industrielle, technologies énergétiques et environnementales, matériaux de construction et solutions de transport. L’Italie y propose non seulement des produits, mais aussi des solutions intégrées, un savoir-faire en ingénierie et une capacité à gérer des projets complexes.

Le rôle clé des PME italiennes

Cecilia Oliva insiste également sur l’importance des PME italiennes, reconnues pour leur flexibilité, leur spécialisation et leur capacité à adapter leurs technologies aux besoins locaux. Ces entreprises deviennent souvent des partenaires essentiels dans les grands projets de développement, un modèle en adéquation avec les priorités actuelles de l’Azerbaïdjan : corridors de transport, modernisation ferroviaire et routière, mobilité urbaine à Bakou, énergies renouvelables, gestion de l’eau et services environnementaux.

Aujourd’hui, plusieurs dizaines d’entreprises italiennes sont actives en Azerbaïdjan, sous forme de filiales, de coentreprises ou de bureaux de représentation. Elles opèrent notamment dans les secteurs de l’énergie, de la construction, de l’ingénierie, des services pétroliers et gaziers, des machines industrielles, des infrastructures, de l’agroalimentaire, de la transformation alimentaire, de la mode, du design et des services professionnels. L’intérêt pour les technologies vertes et les solutions intelligentes est également en hausse.

Vers un forum économique bilatéral

Interrogée sur l’organisation d’un forum économique Italie–Azerbaïdjan, la directrice de l’ITA indique que les préparatifs opérationnels n’ont pas encore débuté. Elle anticipe toutefois un format classique combinant sessions institutionnelles, panels sectoriels et rencontres B2B, avec une participation qu’elle estime significative, compte tenu de l’intérêt mutuel des entreprises des deux pays.

À l’issue de ce forum, la signature d’un mémorandum d’entente et d’un plan d’action entre l’Agence azerbaïdjanaise de promotion des exportations et des investissements (AZPROMO) et l’ITA est attendue. Ces documents viseront à structurer davantage la coopération, en mettant l’accent sur la promotion des investissements, l’internationalisation des PME, le partage d’informations de marché, l’organisation de missions conjointes et la collaboration dans des secteurs innovants et durables.

Karabakh, corridors et nouvelles opportunités

Concernant le Karabakh, l’Italie adopte une approche prudente mais attentive. Rome reconnaît le potentiel de la région, notamment dans la reconstruction, les infrastructures, les énergies renouvelables, l’agriculture et le tourisme durable. Pour l’heure, l’accent est mis sur l’analyse des opportunités et le dialogue avec les autorités locales, afin de créer des conditions favorables à de futurs investissements italiens.

Les entreprises italiennes suivent également avec intérêt le développement du Corridor médian et du corridor de Zangazur. L’Azerbaïdjan est désormais perçu comme un hub logistique clé en Eurasie, grâce à sa position stratégique et aux investissements réalisés dans les infrastructures. Les acteurs italiens restent toutefois attentifs à la viabilité économique, à la stabilité opérationnelle, aux coûts et à l’intégration de ces projets avec les marchés européens.

Intérêt croissant pour les marques italiennes

Enfin, Cecilia Oliva confirme un intérêt réel des marques italiennes, en particulier dans les secteurs de l’alimentation et des boissons, du mobilier et du design, des machines agricoles, de la mode et de l’habillement. L’Azerbaïdjan est considéré comme un marché en croissance, notamment pour le tourisme de qualité et les segments moyen et haut de gamme.

Présente à Bakou de manière permanente depuis 2000, l’ITA prévoit de renforcer son engagement en 2026, avec une augmentation notable des investissements promotionnels et une forte participation italienne attendue à deux grands salons de la capitale : Caspian Agro et InterFood Azerbaijan.

Des instruments financiers solides

Pour soutenir cette coopération, l’Italie dispose d’outils financiers robustes. L’agence publique SACE fournit des garanties et assurances à l’exportation contre les risques commerciaux et politiques, tandis que SIMEST accompagne l’internationalisation des entreprises à travers des prêts concessionnels, des prises de participation et le financement d’études de faisabilité. Ces instruments, complétés par l’appui des banques et des institutions multilatérales, visent à réduire les risques et à encourager des partenariats durables entre entrepreneurs italiens et azerbaïdjanais.